
Je suis maman d’un bébé de deux mois et d’un enfant de trois ans. Je suis en plein post-partum. Je gère ma maison et essaye de concilier ma vie de femme et de mère. Mon mari part à 6h15 et rentre à 19h. J’étudie pour devenir doula et je reprendrai le travail dans quelques semaines. Ça fait beaucoup pour une personne qui a donné la vie il y a si peu de temps. Trop, me direz-vous ? Oui, mais quand on entend à longueur de journée des injonctions pour être sur tous les fronts et qu’on voit des mamans pimpantes sur les réseaux sociaux, une pression nous tombe sur les épaules. Alors comment s’en défaire et vivre son post-partum le plus sereinement possible ?
Le diktat de la mère parfaite sur les réseaux sociaux
A l’heure des réseaux sociaux, et notamment d’Instagram, les futures et jeunes mères sont assaillies de toute part d’images de mères en apparence parfaites : des femmes assumées aux corps répondant aux standards de beauté à la sortie de la maternité, des travailleuses acharnées, qui prônent l’éducation positive et dont la maison semble imprimée sur papier glacé. Il y a de quoi bien culpabiliser en scrollant à longueur de journée, vautrées dans le canapé, les cheveux en l’air, bébé dans un bras, du lait et des régurgitations plein le tee-shirt, dans un salon sens dessus-dessous. La bonne vieille comparaison toxique entre en jeu en trombe : pourquoi y arrivent-elles et pas moi ? Pourquoi leur enfant dort comme un loir et ne pleure jamais alors que je ne peux pas poser le mien pour aller aux toilettes ? Alerte info : les réseaux sociaux ne reflètent pas la réalité ! Ces mères à l’apparence si parfaite, avec leur vie bien rangée, choisissent consciemment les images qu’elles partagent. Une story de quelques secondes sur une journée de 24h ne représente qu’une infime partie de leur quotidien. Qui vous dit que les 23h restantes, elles ne sont pas comme vous, au bout du rouleau ?
Cependant, tellement d’images sont véhiculées qu’il est bien souvent difficile de s’en défaire. D’où mon premier conseil pour un post-partum plus serein : limiter les réseaux sociaux et choisissez avec soin les comptes que vous suivez. Si un contenu vous fait culpabiliser ou vous projette une image négative de vous-même, alors désabonnez-vous : vous vous en porterez bien mieux !
Par ailleurs, ces mères militantes ont souvent des idées assez arrêtées et peuvent être très culpabilisantes dès lors qu’on ne les suit pas. Par exemple, beaucoup de listes longues comme le bras de VEO (violences éducatives ordinaires) circulent sur les réseaux : à en croire ces dites-listes, 99% des parents sont violents envers leurs enfants ! Comme dans tout, il y a donc un juste équilibre à trouver entre ce qu’on nous donne comme information et ce qu’on en retient. Mais quand les émotions sont à vif dans une période comme le post-partum, il est bien difficile parfois de faire le tri…

La maternité : mythes et injonctions, au service de la culpabilité
Derrière cette image de la mère parfaite et de la pression qui repose sur les épaules de la femme se trouve une société héritée du patriarcat mais aussi du féminisme.
Dans l’épisode 35 du podcast La Matrescence, Marie Mahé-Poulin, autrice du livre Le mois d’or, développe une possible explication à cette pression de Wonder Woman sur les femmes. Dans les années 1960, la lutte du féminisme pour obtenir l’égalité des sexes et une indépendance des femmes par rapport aux hommes a créé une sorte de clivage entre les femmes et leur maternité. Avoir des enfants et les élever pouvaient alors être perçu comme un obstacle au développement de leur carrière professionnelle et de leur autonomie. On a alors recherché toujours plus de productivité, comme s’il fallait prouver sa valeur aux yeux de la société. Les femmes ont ainsi du toujours assurer leur rôle de mère, tout en développant leur carrière, ajoutant une charge supplémentaire.
De même, de nombreuses injonctions, différentes selon les générations, pèsent sur la maternité et l’éducation en général. Ainsi, les jeunes parents, et a fortiori les jeunes mamans, se retrouvent dès la grossesse face à des « conseils » non sollicités pour la plupart, voire des sommations, qui sont d’ailleurs souvent contradictoires les unes avec les autres. Prenons le cas de l’allaitement, par exemple. Une partie de la société va imposer aux jeunes mères d’allaiter leur nouveau-né, portant un jugement négatif sur la mère qui préfèrera biberonner son bébé. Mais cette même partie de la société, quelques mois plus tard, jugera aussi négativement la mère qui allaitera son enfant de six mois. Il est donc difficile d’assumer pleinement ses choix et de les faire respecter, d’autant plus pour une jeune maman en plein post-partum. De plus, quels que soient ces décisions, la mère rencontrera toujours des détracteurs auprès desquels elle devra se justifier (ou pas !) : reprise du travail ou congé parental ; allaitement maternel ou biberon ; crèche collective ou assistante maternelle ; cododo ou chambre séparée avec lit à barreaux, etc. S’il y a bien un sujet sur lequel tout le monde semble avoir son mot à dire, c’est la parentalité et l’éducation. Alors que bien souvent, les jeunes parents ne demandent ni conseils ni injonctions, mais seulement le respect de leurs choix. C’est à mon sens l’un des rôles de la doula d’amener les futurs et jeunes parents à faire face à ce phénomène en prenant les décisions éclairées qui leur conviennent, sans prendre en compte le regard des autres.
Ainsi, Beth Berry, autrice du livre Motherwhelmed, parle de la « maternité mythologique » qui repose sur dix-sept mythes qui provoquent chez les parents mécontentement, désillusion et surtout culpabilité. Ces mythes concernent plusieurs questions :
- La vie professionnelle : avoir une carrière bien rémunérée est nécessaire pour se réaliser pleinement. Au contraire, rester chez soi pour s’occuper de ses enfants est un manque d’ambition ou de la fainéantise, mais dans le même temps vouloir travailler à l’extérieur montre un amour faible pour ses enfants.
- L’inatteignable perfection : la vie soi-disant parfaite montrée dans les magazines ; les « il faut » ; la recherche de l’équilibre parfait ; le contrôle total du quotidien ; une unique façon d’être un bon parent…
- L’individualité des parents : négligence des enfants si on prend soin de soi et de ses désirs ; obligation de la culpabilité dans l’amour ; être faible si on demande de l’aide ; obligation d’apprécier chaque moment avec ses enfants ; l’intuition est mauvaise ; les frustrations découlent des incapacités…
Pour Beth Berry, ces mythes sont à l’origine des sentiments négatifs des parents qui s’y enferment et se retrouvent confrontés à la réalité lorsqu’ils deviennent parents. Pour être un parent épanoui, la déconstruction de ces mythes est alors nécessaire et salutaire.
Laisse Wonder Woman au placard et ralentis

Face à ces injonctions, ces mythes et ces images de mère parfaite, un seul conseil devrait prévaloir à mon sens : faire comme on le sent, comme on le ressent. Les jeunes mères vivent une multitude d’émotions contradictoires à la naissance de leur enfant. Il est important qu’elles y soient à l’écoute, qu’elles les prennent en compte et les suivent pour vivre un post-partum le plus serein et agréable possible. Ainsi, si une maman se sent de reprendre le travail à la fin de son congé maternité, qu’elle souhaite travailler 40h par semaine et que c’est son conjoint qui s’occupe des enfants le soir, grand bien lui fasse. L’essentiel est de se retrouver soi-même (et sa famille) dans ces choix. Au contraire, si une mère a besoin de temps pour retrouver une vie sociale, pour sortir de chez elle et pour penser à autre chose qu’à son bébé, alors laissons-lui ce temps !
La maternité est finalement un sujet tout à fait personnel : chaque femme ressent des émotions légitimes dans son post-partum et devrait se sentir libre de les exprimer. La honte et la culpabilité n’ont pas leur place dans ce quotidien déjà chamboulé par l’arrivée d’un enfant.
En somme, le post-partum est une période si délicate qu’il est intéressant de le préparer et de se laisser ensuite porter par ses ressentis. Pour pouvoir le faire pleinement, la jeune maman peut s’entourer de personnes ressources et de confiance, des « bonnes étoiles » comme le mentionnent les autrices du livre Le mois d’or, qui les écouteront et les soutiendront dans les épreuves de ce nouveau quotidien. Ce n’est probablement pas le moment non plus de se lancer dans un tas de nouveaux projets : les jeunes parents ont plutôt besoin, la plupart du temps, de rester sur leurs acquis et de se recentrer autour de ce qu’ils ont déjà. Il n’y a pas de mal à ralentir de temps en temps et de contempler tout ce qu’on a déjà entrepris et accompli. Le post-partum est l’occasion idéale de se poser et de prendre du recul sur ce qui compte vraiment pour soi, en tant qu’individu à part entière.
Arrêtons de vouloir faire l’impossible pendant le post-partum : ralentissons le rythme, profitons de chaque instant (avec son enfant, mais aussi pour soi, selon ce qui nous fait du bien) et préservons-nous de l’extérieur qui apporte parfois plus de négatif que de positif dans nos quotidiens déjà bien lourds.
Si tu es jeune maman et que tu ressens cette pression ou que tu as simplement besoin d’extérioriser tes émotions, de partager et d’être écoutée, ou que tu es enceinte et souhaite préparer ton post-partum, n’hésite pas à contacter une doula : je serai moi-même ravie de pouvoir t’aider à construire un quotidien plus serein. Tu peux me retrouver sur mon compte Instagram : @mahalo.doula.